Posté le 22.06.2008 par eleon
Jean-Jean Lafran tient un petit café-théatre à Alès ( Le Rétro ) où il a eu la gentillesse de m'inviter à interpréter quelques unes des chansons que j'ai réalisées à partir de poésies du XIXémé siècle.
Il se trouve que Jean-Jean écrit aussi, et qu'il a publié deux jolis recueils de poésies intitulés " Le Taureau Bleu Marine " qui au fil des jours m'ont inspiré cette poignée de ballades, dont je vous livre ici un interprétation sommaire.
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Posté le 22.06.2008 par eleon
Les guitares ont cessé, les chants se sont éteints,
De la joie créatrice, il ne reste plus rien,
La loi vient de passer, elle a fait son office,
Et l’un de ces enfants doit en faire le sacrifice.
Les menottes se ferment sur ces poignets crispés,
Les femmes dans un bruit se mettent à pleurer.
Les voisins, les amis viennent former un rang,
On emmène Pierrot, fils du peuple Gitan.
Deux années ont vécu depuis ce soir maudit,
Dans sa triste cellule, Pierrot refait son lit,
Chaque jour il repense aux cris de ses parents,
Cela étant pour lui le plus grand des tourments. bis
Des soubresauts agitent ce corps d’homme perdu,
Que le service d’ordre a tant de fois mis nu.
Mais soudain, un doux bruit, de son être s’accapare :
Dans le lointain brumeux, vibre une guitare !
Et voilà peu à peu que le son se rapproche,
Pierrot est transformé, le sable devient roche.
Oh oui, jouez encore, je battrai la mesure
En pensant à vous tous, à ma sortie future.
L’obscure mélodie est devenue refrain,
Le Gitan plein de joie, frappe fort dans ses mains.
Sur un tempo d’homme libre, il se met à chanter.
Demain ce sont cent guitares qui hurleront sa fierté.
s o l o
Et vous les « gadgeots », votre chemin passez !
Pierrot est de retour, vainqueur de la loi !!
Les guitares qui sonnent des chants que l’on retient,
De la joie créatrice partout qui nous revient
Les voisins, les amis venez serrer le rang :
On ramène Pierrot, au cœur du peuple Gitan,
On ramène Pierrot, cœur du peuple Gitan !
Posté le 22.06.2008 par eleon
Salut, c’est moi, Jeannot le clochard,
Un homme de la rue, un ami du brouillard.
Ah ! J’en vois défiler des gens de toutes sortes,
Ceux qui forment à eux seuls la terrible cohorte ;
Il y en a des heureux, mais en tout petit nombre,
Il y a des inquiets aux visages tout sombre,
Il y en a qui ne savent pas où est leur vrai bonheur,
Ils se sentent envahis par une grande peur.
Tandis que moi, Jeannot le clochard, je n’ai pas tous ces problèmes,
Je mène une vie saine, une vie de bohème.
Oui oui, une vie saine, et que certains m’envient
Ils me parlant parfois, me narrent leurs ennuis !
Qu’est-ce que je me marre d’écouter leur dilemme :
Ils me parlent du temps, du percepteur, ou du carême,
Des choses inconcevables, que je croyais proscrites,
Dame, depuis le temps que je suis en faillite !
Moi aussi j’ai souffert, j’ai été marié.
Et vous hommes amis qui avez une épouse
Qui vous colle à la peau comme cinq ou six ventouses,
Vous devez bien savoir qu’au milieu du bonheur,
Il y a aussi la place pour quelques grands malheurs.
Ma femme était très belle, elle s’appelait Marie,
Ses yeux d’un bleu profond souriaient à la vie ;
Ses cheveux étaient très blonds, et sa voix douce et claire,
Mais son cœur endurci pareil à de la pierre.
Pourtant je l’ai aimée, je crois que je l’aime encore :
Quelquefois je la vois dés que pointe l’aurore,
Du moins je l’imagine dans un rêve un peu fou,
Et mon cœur s’attendrit à ce regard si doux.
Bah, il ne faut plus que j’y pense, ça donne le cafard,
Et ça c’est très mauvais pour Jeannot le clochard !
Pourtant le plus beau souvenir de notre vie commune,
C’est notre amour si fort, si vrai qu’il valait des fortunes ;
Les badauds, les passants, tous nous enviaient,
Et jaloux de nous deux, quand ils passaient
Leurs yeux semblaient dire : « vous êtes trop heureux,
Laissez-nous en donc un peu. »
On n’en avait que cure, et l’on ne voyait rien,
Ni les uns ni les autres, même pas les copains.
A être égoïste, on insulte son âme,
Le pêché est dans l’air et proche est le drame.
S o l o
Il est donc venu un matin de décembre :
Je me suis réveillé, j’étais seul dans la chambre !
Vainement je regarde toutes les penderies,
Il n’y avait plus rien, vides, vide comme ma vie.
Alors je suis parti tout droit vers le café,
En pensant que l’alcool me ferait oublier,
J’ai bu un coup, deux coups, trois coups,
J’ai bu jusqu’à ce que je sois saoul !
Puis sans savoir ni comprendre les faits ou les raisons,
J’ai raconté à tous la haute trahison.
Quand j’ai eu terminé mes plaintes et mes dires,
J’ai entendu monter de grands éclats de rires.
Des histoires semblables, il y en a des millions,
Me dit en concluant le terrible patron !
Alors j’ai ri aussi, je crois que c’était mieux.
Et juste à cet instant, j’ai pris un coup de vieux,
Ce que j’ai pu souffrir, ce rire me faisait mal,
Tandis que dans la rue, les flonflons d’un grand bal,
Bercé par un refrain les amours éperdus
D’un homme qui jurait qu’on ne l’y reprendrait plus !! bis
Et voilà mon histoire, elle est vraiment stupide,
Seulement par ma faute, je suis couvert de rides ;
Tiens il pleut, il faut chercher un abri,
Ce soir encore, froide sera la nuit.
Allez salut ! …mais si vous avez le temps,
Que vous soyez rouges, jaunes, noirs ou blancs,
Vous devez bien prier, - ça se fait bien toujours ? –
Tous les hommes gardent l’espoir de vivre dans l’amour ! bis
Posté le 22.06.2008 par eleon
Je ne sais pas pourquoi dans les pays du monde,
à coup d’informations et de gens que l’on sonde,
on persiste à dire, des choses de l’amour,
que nous, pauvres français, pouvons donner des cours.
Donner des cours !
Notre réputation, qui nous vient qui sait d’où ?
n’a fait qu’augmenter au rythme de la roue,
et pour divers pays, nous sommes des coquins,
qui savent mieux q’eux, se montrer fort câlins
forts câlins !
Alors nous supportons le poids du compliment,
qui oblige toujours, à donner complément,
las de notre prestige, qui se joue des rivages,
des dames fort frustrées, invitent à l’abordage.
A l’abordage !!
Alors nous bons français, que l’on dit point galants,
nous obligeons nos forces à aller de l’avant,
et malgré le passif qui à lui seul résigne,
on pousse le talent à être des plus dignes.
Des plus dignes !
Alors cela se sait, l’amour est sans frontière,
ainsi de tous les coins arrivent des rombières,
qui croient fortement ces stupides ragots,
qu’on ne peut effacer seulement par des mots.
Par des mots !
Alors pour leur prouver qu’énorme est l’erreur,
on repart à l’assaut mais sans grande vigueur,
et malgré notre état qui est des plus précaires,
on nous supplie, sitôt de vouloir le refaire !
le refaire !!
S o l o
Je ne sais pas pourquoi, cadeau congénital,
on jure qu’un français est l’amant idéal,
« belles étrangères » en mal de sensation,
sur ce raisonnement, portez donc révision !
Vous nous rendrez ainsi, un grand et beau service
en allégeant un peu, notre fier sacrifice,
et si la privation, ne vous donne la rage
au moment convenu, plus grand sera l’hommage !!
Posté le 22.06.2008 par eleon
Une fontaine bleue d’où coulerait du miel,
Une rose introuvable aux couleurs d’arc-en-ciel,
Un jardin merveilleux avec des fruits qui chantent,
Un grand amour d’Eden qui ravit et qui hante.
Un miroir au reflet qui renvoie ton image,
Un livre avec tes yeux, brillant à chaque page,
Une petite barque qui tangue doucement,
Une licorne rose qui paisse sagement.
Tu es tout ça pour moi, sûrement plus encore,
Tu es toute ma vie, du jour jusqu’à l’aurore,
Le présent, le passé, le futur et l’instant,
Ce moment fabuleux, quand nous aurons déjà cent ans !
Mes mains cherchent sans cesse à caresser ta peau,
Pour mieux voler ton âme et en faire un drapeau,
Ton sourire au mystère subtil oriental,
Est plus dansant pour moi, que les accords d’un bal.
Comment vivrais-je encore si tu partais un jour ?
Il n’y aurait plus de vie sur la voie sans retour.
Je mendierais ces mots que tu ne dirais plus,
Et je tuerai sur l’heure tout manant, tout intrus.
Et l’absence viendra peser sur ma détresse,
Je hurlerai ton doux nom aux accents de princesse,
Tu me répondras : « Tais-toi, et dis-moi que tu m’aimes,
Et peut-être qu’alors, je romprai ton dilemme ! »
Un vieux cheval boiteux qu’on mènerait à l’abattoir,
Ne serait pas plus résigné que mon cœur qui va choir,
Sur le bord de ton lit, où tu serais étendue,
Te moquant bien de lui, rejetant sa venue.
Que restera t-il de nous, une triste chanson ?
Un roman bien futile, mais qui portera ton nom !
Un amoureux transit, fort heureux de son sort :
Il l’a tant appelée, qu’elle est bien là, la Mort.
Posté le 22.06.2008 par eleon
Partout on le connaît, on l’appelle Monsieur,
on le trouve très jeune, malgré qu’il soit très vieux,
des tas de gens imbus se disent son ami,
ne le connaissent point, mais c’est un érudit !
Et son coefficient dévoile sa valeur,
lui qui fait exploser tous les ordinateurs.
si un volcan éteint se ranime à nouveau,
c’est à lui qu’on réclame les causes et les maux,
Et s’il n’en sait trop rien, perdu en conjonctures
il noiera le poisson et en fera friture !
Des tas de gens imbus se disent son ami,
ne le connaissent point, mais c’est un érudit !
Et puis le vieux volcan s’éteindra un matin,
et l’on retournera vers notre Dieu malin,
il avouera d’abord toute son impuissance,
et n’admettant jamais que ce n’est qu’ignorance,
Et il balbutiera des termes très techniques,
à base de xanon et de fonctions chimiques.
Des tas de gens imbus se disent son ami,
ne le connaissent point, mais c’est un érudit !
Ainsi une autre fois, la face sera sauve,
bientôt à son revers, naîtra un ruban mauve,
et on continuera à lui dire, Monsieur,
et à le trouver jeune, malgré qu’il soit très très vieux !
Posté le 22.06.2008 par eleon
Putain de gitans, qu’ils cavalent ailleurs !
Depuis qu’ils campent ici, tout prés de ma maison,
Je n’ai plus de volaille, mon dieu, quel grand malheur,
Et mes amis ricanent de moi, sans la moindre compassion !
Il faudrait les « parquer » sur une île perdue,
Avec des barbelés sans « espoir de retour »,
Ou bien tous les enfouir sous la terre battue,
Ou pourquoi pas « amis », les jeter aux vautours ?
Enfin, n’importe quoi, pourvu qu’ils débarrassent,
Et qu’on ne les voit plus avec leurs caravanes,
Traîner ici et là leurs stupides carcasses,
Car malgré leur misère, on dirait qu’ils pavanent.
Putain de gitan, honte de la nation,
Et voilà qu’on a créé pour eux des lois qui les protègent,
Et ce « politicard » qu’on appelle Besson,
Leur offre le logis et un grand privilège ;
Heureusement que l’on peut ignorer la loi,
Autrement nous ne serions plus maître chez soi !
- 20 ans après son décret d’application, 64% des communes concernées étaient toujours en « infraction » -
Posté le 20.12.2007 par eleon
Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur, transparent
Pour elle seule, hélas! cesse d'être un problème
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blème,
Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je l'ignore.
Son nom? Je me souviens qu'il est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la Vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
L'inflexion des voix chères qui se sont tues.
PAUL VERLAINE
Posté le 20.12.2007 par eleon
Léandre le sot,
Pierrot qui d'un saut
De puce
Franchit le buisson,
Cassandre sous son
Capuce,
Arlequin aussi,
Cet aigrefin si
Fantasque
Aux costumes fous,
Ses yeux luisant sous
Son masque,
- Do, mi, sol, mi, fa, -
Tout ce monde va,
Rit, chante
Et danse devant
Une belle enfant
Méchante
Dont les yeux pervers
Comme les yeux verts
Des chattes
Gardent ses appas
Et disent : " À bas
Les pattes ! "
- Eux ils vont toujours ! -
Fatidique cours
Des astres,
Oh ! dis-moi vers quels
Mornes ou cruels
Désastres
L'implacable enfant,
Preste et relevant
Ses jupes,
La rose au chapeau,
Conduit son troupeau
De dupes ?
Posté le 20.12.2007 par eleon
Elle jouait avec sa chatte,
Et c'était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S'ébattre dans l'ombre du soir.
Elle cachait - la scélérate ! -
Sous ces mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d'agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.
L'autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n'y perdait rien...
Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien,Brillaient quatre points de phosphore.