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Nom du blog :
eleon
Description du blog :
Des poésies en chansons : de Hugo à Verlaine, mais aussi des copains et des perso...
Catégorie :
Blog Art
Date de création :
26.10.2007
Dernière mise à jour :
09.03.2009

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LE MENDIANT Victor HUGO

Publié le 20/11/2007 à 12:00 par eleon

Un pauvre homme passait dans le givre et le vent.
Je cognai sur ma vitre ; il s'arrêta devant
Ma porte, que j'ouvris d'une façon civile.
Les ânes revenaient du marché de la ville,
Portant les paysans accroupis sur leurs bâts.
C'était le vieux qui vit dans une niche au bas
De la montée, et rêve, attendant, solitaire,
Un rayon du ciel triste, un liard de la terre,
Tendant les mains pour l'homme et les joignant pour Dieu.
je lui criai : « Venez vous réchauffer un peu.
Comment vous nommez-vous ? » Il me dit : « Je me nomme
Le pauvre. » Je lui pris la main : « Entrez, brave homme. »
Et je lui fis donner une jatte de lait.
Le vieillard grelottait de froid ; il me parlait,
Et je lui répondais, pensif et sans l'entendre.
« Vos habits sont mouillés », dis-je, « il faut les étendre ,
Devant la cheminée. » Il s'approcha du feu.
Son manteau, tout mangé des vers, et jadis bleu,
Étalé largement sur la chaude fournaise,
Piqué de mille trous par la lueur de braise,
Couvrait l'âtre, et semblait un ciel noir étoilé.
Et, pendant qu'il séchait ce haillon désolé
D'où ruisselait la pluie et l'eau des fondrières,
Je songeais que cet homme était plein de prières,
Et je regardais, sourd à ce que nous disions,
Sa bure où je voyais des constellations.
Son associé :



--

LES FEMMES SONT SUR LA TERRE... Victor HUGO

Publié le 14/11/2007 à 12:00 par eleon
[COLOR=purple]Les femmes sont sur la terre
Pour tout idéaliser ;
L'univers est un mystère
Que commente leur baiser.

C'est l'amour qui, pour ceinture,
A l'onde et le firmament,
Et dont toute la nature,
N'est, au fond, que l'ornement.

Tout ce qui brille, offre à l'âme
Son parfum ou sa couleur ;
Si Dieu n'avait fait la femme,
Il n'aurait pas fait la fleur.

A quoi bon vos étincelles,
Bleus saphirs, sans les yeux doux ?
Les diamants, sans les belles,
Ne sont plus que des cailloux ;

Et, dans les charmilles vertes,
Les roses dorment debout,
Et sont des bouches ouvertes
Pour ne rien dire du tout.

Tout objet qui charme ou rêve
Tient des femmes sa clarté ;
La perle blanche, sans Eve,
Sans toi, ma fière beauté,

Ressemblant, tout enlaidie,
A mon amour qui te fuit,
N'est plus que la maladie
D'une bête dans la nuit..
Son associé :

LA COCCINELLE Victor HUGO

Publié le 14/11/2007 à 12:00 par eleon
[COLOR=purple]Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.
J'aurais dû, -mais, sage ou fou,
À seize ans on est farouche, -
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.
On eût dit un coquillage ;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.
Sa bouche fraîche était là ;
Je me courbais sur la belle,
Et je pris la coccinelle ;
Mais le baiser s'envola.
- Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l'insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l'homme.
Victor HUGO, Les contemplations (I, 15).
Son associé :

AUX fEUILLANTINES Victor HUGO

Publié le 14/11/2007 à 12:00 par eleon
[COLOR=purple]Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
· Notre mère disait : « Jouez, mais je défends
· Qu'on marche dans les fleurs et qu'on monte aux échelles. »
· Abel était l'aîné, j'étais le plus petit.
· Nous mangions notre pain de si bon appétit,
· Que les femmes riaient quand nous passions près d'elles.
· Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
· Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
· Sur le haut d'une armoire, un livre inaccessible.
· Nous grimpâmes un jour jusqu'à ce livre noir ;
· Je ne sais pas comment nous fîmes pour l'avoir,
· Mais je me souviens bien que c'était une Bible.
· Ce vieux livre sentait une odeur d'encensoir.
· Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
· Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!
· Nous l'ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
· Et, dès le premier mot, il nous parut si doux,
· Qu'oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.
· Nous lûmes tous les trois ainsi tout le matin,
· Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
· Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.
· Tels des enfants, s'ils ont pris un oiseau des cieux,
· S'appellent en riant et s'étonnent, joyeux,
· De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.
·
·
· Les contemplations, Livre V « En marche », X, 1856.
Son associé :